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    La face cachée de la violence des jeunes

     
    La violence que les jeunes sont amenés à exercer à l’égard d’eux-mêmes n’a sans doute jamais été aussi grande. Les couteaux le plus souvent dangereux sont ceux qui tailladent les poignets.

    Si l’on veut bien reconnaître que l’agressivité pose un problème moral auquel chacun d’entre nous est confronté tout simplement parce qu’elle est une composante inévitable de l’existence, il faut bien prendre la mesure du fait que l’adolescence est par essence un moment où cette question se pose avec une acuité toute particulière. Voilà donc une excellente raison de s’intéresser de près aux risques que nos adolescents courent.

    C’est ce qui m’a amené à la plus grande perplexité. Si l’émotion provoquée par le meurtre de Joe en pleine gare centrale a pu ouvrir un grand nombre d’espaces de débat sur les questions de sécurité, il est impressionnant de découvrir la réalité de certains risques dont on parle très peu. Ainsi ce sont les accidents qui représentent la première cause de mortalité des adolescents ... C’est un phénomène qui s’accentue chez les jeunes hommes (entre 25 et 35 ans) où le suicide devient la première cause de mortalité. Et c’est sans doute assez emblématique d’une des coordonnées fondamentales de notre époque : autant le retournement de la violence sur soi, dont le suicide est la forme la plus spectaculaire, est socialement et médiatiquement peu pris en compte, autant ses ravages sont considérables. Les chiffres sont à cet égard très parlants : dans l’ensemble de la population, les suicides tuent dix fois plus que les meurtres ! Deux fois plus que tous les accidents de la route !

    On en arrive alors à la constatation saisissante que nous vivons dans une société où le risque de se tuer soi-même est beaucoup plus grand que celui d’être tué par un autre ! Constatation encore plus prégnante chez les jeunes. Au delà même du suicide, le danger est plus souvent difficile à cerner et correspond à la complexité d’un univers démocratique et individualiste. Alors que le niveau de liberté individuelle dépasse tout ce que les sociétés humaines précédentes ont pu connaître tous les liens sociaux sont de plus en plus précaires. [...]

    Si nous voulons être conséquents quant à notre responsabilité d’adultes, préoccupons-nous, en effet, de la violence des jeunes. Ayons le courage de nous confronter à « une vérité qui dérange » et qui est aussi déroutante que le réchauffement climatique, qui nous met aux prises avec une aussi grande complexité, nous renvoyant sans doute aussi à nous-mêmes. La violence que les jeunes sont amenés à exercer à l’égard d’eux-mêmes n’a sans doute jamais été aussi grande. Les couteaux les plus souvent dangereux sont ceux qui tailladent les poignets.

    Didier ROBIN
    psychologue, psychanalyste et thérapeute familial
    La Libre Belgique 1/3/07


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