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    Zoom Arrière

    logo ARTICLE 589Louis Pasteur (1822-1895) mai 2009
    Biologiste français ; créateur de la microbiologie. Le premier, il découvrit que la fermentation était due à des organismes vivants, les microbes, et que ceux-ci étaient aussi à l’origine de certaines maladies appelées infectieuses.
    logo ARTICLE 620Denis Lane mai 2010
    Pasteur baptiste, prédicateur et missionnaire de la “Overseas Missionary Fellowship”.

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    Une nouvelle religion : le scientisme

     

    La méthode expérimentale et déductive, depuis quatre cent ans de succès spectaculaires, augmente sans cesse son impact sur la vie sociale et quotidienne, et par la suite, jusqu’à une date récente, son prestige.

    En même temps, à travers un processus “d’annexion impérialiste” qui devrait être analysé de façon plus serrée, la science a créé son idéologie propre, ayant plusieurs des caractéristiques d’une nouvelle religion, que nous pouvons appeler le scientisme. Ce pouvoir, principalement pour le grand public, tient au prestige de la science, dû à ses succès. Le scientisme est maintenant fermement enraciné dans tous les pays du monde, qu’ils soient capitalistes ou dits socialistes, développés ou en voie de développement (à d’importantes restrictions pour la Chine). Il a de loin, supplanté toutes les religions traditionnelles. Il s’est insinué dans l’éducation à tous les niveaux, de l’école élémentaire à l’université, tout comme dans la vie professionnelle post¬scolaire. Avec des nuances et une intensité variables, il prédomine dans toutes les classes de la société ; il est plus fort dans les pays les plus développés et parmi les professions intellectuelles ; il est le plus fort dans les domaines les plus ésotériques.

    Les gens en général, bien qu’on leur enseigne certains des plus grossiers et des plus anciens résultats de la science, ont toujours eu peu ou pas de compréhension de ce qu’est réellement la science en tant que méthode. Cette ignorance a été perpétuée par tout l’enseignement primaire, secondaire, et même par l’importante partie de l’enseignement universitaire qui ne constitue pas une préparation à la recherche : la science y est enseignée dogmatiquement, comme une vérité révélée. Aussi, le pouvoir du mot "science" sur l’esprit du grand public est-il d’essence quasi mystique et certainement irrationnelle. La science est, pour le grand public et même pour beaucoup de scientifiques, comme une magie noire, et son autorité est à la fois indiscutable et incompréhensible. Ceci rend compte de certaines des caractéristiques du scientisme comme religion. En tant que telle, il est tout aussi irrationnel et émotionnel dans ses motivations, et intolérant dans sa pratique journalière, que n’importe laquelle des religions traditionnelles qu’il a supplantées. Bien plus, il ne se borne pas à prétendre que seul ses propres mythes soient vrais ; il est la seule religion qui ait poussé l’arrogance jusqu’à prétendre n’être basée sur aucun mythe quel qu’il soit, mais sur la Raison seule, et jusqu’à présenter comme "tolérance" ce mélange particulier d’intolérance et d’amoralité qu’il promeut.

    Aux yeux du grand public, les prêtres et les grands-prêtres de cette religion sont les scientifiques, au sens large, plus généralement les technologues, les technocrates, les experts. Même la langue de cette religion sera pour toujours incompréhensible au peuple, d’autant que ce n’est pas même une langue, mais des milliers de langues différentes, chacune n’étant que le jargon technique particulier d’une spécialité donnée. Les scientifiques, dans leur immense majorité, sont tout à fait prêts à accepter leur rôle de prêtres et de grands prêtres de la religion dominante d’aujourd’hui. Plus que n’importe qui, ils sont imbus, et cela d’autant plus qu’ils sont plus haut situés dans la hiérarchie scientifique. Ils réagiront à toute attaque contre cette religion, ou l’un de ses dogmes, ou l’un de ses sous-produits, avec toute la violence émotionnelle d’une élite régnante aux privilèges menacés. Ils font partie intégrante des pouvoirs en place quels qu’ils soient, auxquels ils s’identifient intimement et qui tous s’appuient fortement sur leurs compétences technologiques et technocratiques.

    En eux-mêmes, au niveau purement intellectuel, les mythes principaux du scientisme exercent un certain attrait puissant, qui explique en partie leur extraordinaire succès. Ils introduisent des simplifications énormes dans la complexité fluctuante des phénomènes naturels et de l’expérience humaine.

    Ainsi qui, parmi les scientifiques, quand enfant il apprenait la loi de Newton de l’attraction universelle, n’a pas été confondu par l’excitant défi de rendre vraie l’intuition hardie de Pythagore : « Tout est nombre ! », et de construire une description entièrement mécaniste du monde !

    D’ailleurs, comme tous les mythes, ceux du scientisme contiennent quelques solides éléments de vérité ; le fait qu’ils se prétendent fondés sur la seule Raison leur a donné un pouvoir supplémentaire. Il est advenu, en effet, pendant les siècles précédents, que s’est affirmée avec une intransigeance croissante la suprématie de la raison ou de l’intellect sur tous les autres aspects de l’expérience et des capacités humaines, y compris les aspects sensuel, émotionnel et éthique. Et, pire encore, un seul outil particulier de l’intellect de l’homme, à savoir la méthode scientifique, expérimentale et déductive, qui ne s’est développée qu’au cours des derniers siècles, excité par ses grands succès dans certains domaines limités de l’investigation et des réalisations de l’homme, a été amené à assumer un rôle impérialiste croissant, et finalement à s’identifier à la Raison elle-même, rejetant tout ce qu’il ne pouvait assumer, comme étant “irrationnel”, “émotionnel”, “instinctif”, “non humain”, etc.

    Nous tenons tous ces mythes principaux du scientisme pour des erreurs. Sur l’expert, qui se sent parmi les principaux bénéficiaires de ces mythes destinés à affermir son pouvoir collectif, ils ont un effet estropiant, à la fois spirituellement et intellectuellement, l’éloignant toujours plus du concert des êtres vivants, pour l’apparenter à un simple mécanisme cérébral cybernétisé toujours plus spécialisé. Sur les experts comme sur les profanes, ils ont un effet paralysant en ce qui concerne le désir naturel d’en savoir plus sur la nature, la vie et nous-même, qu’un seul jargon particulier ne peut exprimer ; et en conséquence, paralysant en termes d’engagement moral et de responsabilité personnelle dans tous les domaines impliquant la société comme un tout, car il contribue à creuser le fossé s’élargissant sans cesse entre ces trois pôles de l’expérience humaine : la pensée, l’émotion et l’action. En termes socio-politiques, le scientisme justifie la hiérarchisation rigide existante de la société, et tend à l’accroître toujours plus, poussant au sommet une technocratie fortement hiérarchisée qui prend les décisions y compris celles qui, maintenant, peuvent affecter de façon vitale la destinée de toute vie sur terre pour bien des années à venir.

    Dans la plupart sinon tous les pays du monde, sous différents déguisements, le scientisme s’est établi comme l’idéologie dominante. Comme tel, il fournit sa justification principale et des rationalisations multiples à la course insensée au soi-disant “progrès”, vu exclusivement comme un progrès scientifique et technique (en accord avec le dogme du scientisme). Ceci, à son tour, est une des principales forces motrices pour la religion de la production et de la croissance pour elles-mêmes. Cette course et cette croissance insensées nous ont conduits à la crise écologique actuelle, dont nous n’assistons qu’aux premiers stades, et à une crise majeure dans notre civilisation. Le scientisme, qui a été une force décisive pour engendrer ces deux crises, est totalement incapable de reconnaître l’existence d’une crise de civilisation, car ceci reviendrait à mettre en question l’idéologie scientiste elle-même.

    Pour toutes ces raisons, nous tenons que l’idéologie la plus dangereuse et la plus puissante aujourd’hui est le scientisme, bien qu’elle n’ait généralement pas été reconnue comme une puissante idéologie par elle-même. Elle peut être considérée comme un solide fond commun à l’idéologie capitaliste et à l’idéologie marxiste. Nous pensons que, de plus en plus, la principale ligne de partage politique se trouvera moins dans la distinction traditionnelle entre la “gauche” et la “droite”, que dans l’opposition entre les scientistes, tenants du “progrès technologique à tout prix”, et leurs adversaires, c’est-à-dire, grosso-modo, ceux pour lesquels l’épanouissement de la Vie, dans toute sa richesse et sa variété, et non le progrès technique, a priorité absolue. ▬

    Alexandre GROTHENDIECK


    Voir aussi : L’humanisme est une religion

    Post-scriptum

    Alexandre GROTHENDIECK obtint la Médaille Fields en 1966 (l’équivalent du Prix Nobel, qui n’existe pas pour les mathématiques). Nous avions publié dans « Science et Foi » n° 11 (premier trimestre 1988) la lettre qu’il adressa à l’Académie Royale des Sciences de Suède, lorsqu’il refusa le Prix Crafoord. Cette lettre n’a pas pris une seule ride, et nous y renvoyons volontiers les lecteurs curieux de savoir quels motifs peuvent amener un mathématicien à refuser un prix de 270.000 dollars. L’auteur n’est pas chrétien, et son présent témoignage n’en a que plus de poids. Texte extrait de l’ouvrage collectif « Pourquoi les mathématiques ? (Collection 10/18).
    In bulletin “Résurrection” de mai 1993.

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