logo RUBRIQUE

  • Enseignement
  • Lu dans la presse
  • - Conventions
  • - Petits mots du pasteur
  • - Magazine "Résurrection"
  • - Actions communautaires
  • - Actions missionnaires
  • - Enfants
  • - Jeunes
  • - Vie d’église
  • Liens et Ressources
  • - Annonces hebdomadaires
  •  

    Zoom Arrière

    logo ARTICLE 428Prière du matin mai 2011
    Paix, Sagesse, Amour, Compréhension, Bienveillance, Patience, Douceur, Force, Joie, Bonté, Non aux calomnies...
    logo ARTICLE 814Noël, Dieu avec nous, pour nous, en nous décembre 2014
    PRÉDICATION • NOËL — Quelle tristesse de fêter Noël sans Christ, même si l’on a installé et garni un beau sapin, si l’on y a déposé des cadeaux...

    Dans la même rubrique

    Anna Uytenhove, dernière martyre belge du 16e siècle

     

    Juillet 1597 : l’anabaptiste Anna Uytenhove est enterrée vivante.

    Le 10 mars 1585 les délégués de la République calviniste de Bruxelles signaient l’acte de capitulation de la ville à Beveren, le camp d’Alexandre Farnèse, prince de Parme, et se « réconciliaient » avec le roi d’Espagne Philippe II. La garnison pouvait se retirer à Bergen-op-Zoom avec armes et bagages, les pasteurs et les maîtres d’école pouvaient partir sain et sauf, les bourgeois réformés avaient deux ans pour réaliser leurs biens, puis s’expatrier pour toujours. Nombreux furent ceux qui suivirent cette voie plutôt que de se convertir au catholicisme.

    En fait, les anciens placards de Charles Quint étaient remis en vigueur, et l’on craignait que l’abjuration forcée des « réconciliés » fut loin d’être sincère. Que des protestants étaient restés malgré tout, on ne peut le nier au vu de certaines preuves.

    Tragique fut le sort de l’anabaptiste Anne Uytenhove, née Emels, qui était servante depuis treize ans chez les sœurs Anne et Catherine Rampaerts, également anabaptistes. Comme elle ne fréquentait pas la messe et ne se confessait pas, le curé de l’église de la Chapelle, lors du décès de sa tante Gudule Emels, chez qui elle habitait, la dénonça aux autorités. Le 21 décembre 1594, Anne Uytenhove et les deux sœurs Rampaerts furent incarcérées à la prison du Treurenberg. Ces dernières furent peu après remises en liberté.

    Quant à Anne Uytenhove, elle fut déclarée hérétique, le 17 mars 1595 et livrée à la justice civile pour être punie selon les lois en vigueur. Toutefois, elle resta en prison pendant plus de deux ans, car on espérait qu’elle finirait par se convertir. Souvent, elle recevait la visite de prêtres, qui essayaient par des remontrances, des promesses et des menaces de l’amener à faire une rétractation publique de ses convictions anabaptistes.

    Cependant, Anne Uytenhove refusait tout compromis : « Comment voulez-vous, disait-elle, qu’une faible femme de quarante ans songe à faire des révolutions, elle qui croit savoir ce qui est juste ? Si elle se trompe, il serait équitable de le supporter. Il est certain que si la crainte fait déclarer qu’on croit vrai ce que la conscience n’admet point, on commet une grande faute, dont on rendra compte à Dieu. » « Dans ce cas, lui répondirent ses juges, il n’y a pas pour vous d’autre mort que la mort par la fosse, avec la perspective, pour votre âme, d’être au sortir de cette vie, plongée à toujours dans les flammes de l’enfer. »

    Comme cette menace ne la faisait pas fléchir, les autorités ecclésiastiques s’adressèrent, le 9 avril 1597, au gouverneur, le cardinal Albert d’Autriche, afin que la justice civile procède à l’exécution. Le 18 mai, il répondit : « Vous avez déjà su ce que nous avons résolu à l’endroit des deux vieilles prisonnières, Anna et Catherine Rampaerts, qui ont persisté en leurs fautes anciennes. Mais comme leur servante, Anne Uytenhove, aussi prisonnière et est par sentence de l’official de Malines déclarée hérétique et que obstinément elle persiste en son erreur, vous ne différerez davantage à en faire la justice exemplaire qu’il convient, étant l’intention du roi mon seigneur et la nôtre, que l’on ne souffre de telles gens, mais qu’ils soient exemplairement punis en termes de droit ».

    Un mois plus tard, le procureur du Brabant donna l’ordre de procéder à l’exécution et de confisquer tous ses biens au profit du roi. Une dernière tentative d’amener Anne Uytenhove à se convertir ayant échoué, elle fut conduite le mercredi 19 juillet 1597 vers 10 heures en dehors de la porte de Louvain, en un lieu appelé le Haerenheyde, où une fosse avait été creusée. En chemin, les prêtres tentèrent encore de lui faire changer d’avis : « Annette, si vous ne vous repentez, vous irez pour toujours à la perdition », mais elle répondit : « je vois le ciel ouvert et les anges qui se préparent à m’y introduire ».

    Dans l’espoir qu’au dernier moment, elle abjurerait, on ne l’enterra que progressivement, d’abord jusqu’aux genoux, puis jusqu’à la poitrine, enfin jusqu’au cou. A une ultime demande, elle affirma encore sa foi : « Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra. » Ce fut sa dernière parole, car le bourreau lui recouvrit la tête de terre, et la tassa du pied.

    Le martyrologe anabaptiste lui consacra une notice, ainsi qu’un cantique, dont voici quelques strophes :

    « Dans la fosse qu’ont préparée tes barbares persécuteurs, Descends, ô vierge infortunée, Elle est la fin de tes douleurs, Ces méchants, odieux blasphème ! osent de Christ se réclamer.Et de leur injustice extrême ils voudraient même le charger. Mais le saint Agneau du calvaire n’a nulle part à leurs forfaits, Lui, dont la terrestre carrière, Ne fut qu’amour et que bienfaits. Paisible, il supporta l’injure, Et de la croix l’affreuse mort ; Comme lui, souffre sans murmure, Bientôt tu parviendras au port. »

    La ville de Bruxelles, qui avait eu le triste « honneur » de voir brûler vifs sur la Grand Place les premiers martyrs de la Réforme universelle, le premier juillet 1523, eut encore la honte de voir l’enfouissement, le 15 juillet 1597, de la dernière victime de l’intolérance religieuse dans notre pays, au 16e siècle.

    Dr Émile Michel Braekman

    L’historien Michel Tilleur rapporte :

    « Espérant toujours qu’elle se rétracterait on ne l’enterra que progressivement, d’abord jusqu’aux genoux, puis jusqu’à la poitrine, enfin jusqu’au cou. Chaque fois le prêtre lui demandait si elle ne renonçait pas encore à ses erreurs. Enfin on lui recouvrit la tête de terre, et tandis que le bourreau entassait celle-ci du pied, elle rendait le dernier soupir. »

    Post-scriptum

    Paru dans le bulletin Résurrection’ de novembre 1997.
    Tiré du livre "Le protestantisme belge au 16e siècle", Editions de LA CAUSE - ISSN : 1248-6817.

    Copyright © 2005 Eglise Protestante Evangélique de Charleroi. Tous droits réservés.
    Ce site a été créé par Ginger-Nut et est géré avec SPIP + EVA-Web