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    Zoom Arrière

    logo ARTICLE 650Je veux des preuves ! mars 1999
    PRÉDICATION EN MP3 • La raison demande des preuves solides avant de se rallier au message de l’Evangile. Encore faut-il que le cœur soit disposé à s’incliner devant l’accumulation des preuves...
    logo ARTICLE 706Le bénévole, une espèce en voie de disparition mars 2011
    Fable, d’une actualité brûlante !

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    Entre la télévision et la prière

     

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    Pourquoi avons-nous tant de peine à prier ? C’est que tous, dans notre nature comme dans le monde ambiant, nous en détourne.

    Nous aimons faire les choses par nous-mêmes, nous répugnons à demander aussi bien qu’à recevoir. Remercier nous coûte. La gratuité nous met mal à l’aise : il faut payer, nous acquitter (nous rendre quittes), rendre les services et les invitations ; mériter le ciel. La grâce est incompréhensible et suspecte : l’homme naturel obéit à la loi du donnant-donnant, les bons comptes font les bons amis, et chacun sauve ainsi son indépendance. Nous sommes portés à agir, ou plutôt à faire, car nous restons maîtres de ce que nous faisons.

    Au contraire, prier est se mettre — se reconnaître — en situation de radicale dépendance. C’est se présenter nu et impuissant devant un Autre libre et imprévisible ; c’est entrer avec lui dans un rapport non manipulateur, non calculateur. Prier, c’est s’exposer, s’ouvrir au Tout Autre, s’abandonner à son invisible présence, lui donner accès — et accéder soi-même au plus profond de son âme... C’est un acte risqué et courageux, qui m’engage, et par lequel je m’engage (nous parlons ici de la prière chrétienne et non des prières rituelles et répétitives que l’Evangile rejette). Ce n’est que par la foi que je suis assuré d’y rencontrer vraiment Quelqu’un — et non moi-même ou mes fantasmes déguisés.

    La nature a horreur du vide... Et la prière, c’est le vide ! Il faut s’y engager, sur la foi de la Parole donnée, pour voir ce vide se muer en plénitude, l’absence devenir présence.

    Notre société a largement consacré les valeurs du fer, et respecte l’homme d’action, l’homme affairé, l’homme d’affaires, petites ou grandes. Activiste et effrénée, elle pousse à son paroxysme cette horreur naturelle du vide, de l’inaction, de la méditation - toutes choses qui sont les conditions de la prière. Ainsi, si nous avons du mal à prier, c’est d’abord que nous sommes hommes, simplement, mais c’est aussi que nous sommes ces hommes-là, vivant dans cette société-là, qui a érigé en dogmes l’efficacité, la maîtrise des choses et la puissance. On voit bien à quels désordres conduit le choix de ces valeurs, mais on s’efforce de les pallier par le renforcement des mêmes, d’où un mouvement général de fuite en avant dans lequel nous sommes tous happés.

    Et c’est ici qu’il faut parler de la télévision comme de l’instrument privilégié par lequel se déverse en nous l’esprit du temps. Elle est la tentation par excellence. Pensez : avec le câble, j’ai 14 chaînes ! A chaque instant de mes soirées vides, sur simple pression d’une touche, le monde et tout ce qu’il contient est offert à mon regard hébété. Me voilà cloué sur place, battu dans un combat inégal entre la profusion de la vie en couleurs et le vide de mon esprit. Je reste. Le temps passe. Mais voilà : ce temps n’est plus le mien. Au contraire de la lecture, où je puis m’arrêter, reprendre, quitter le texte et y revenir comme bon me semble, l’image filmée m’impose son tempo, son rythme. Et ne me laisse pas de répit.

    La prière, comme la lecture, appartient à l’ordre de la parole (même quand elle se fait silence) ; c’est moi qui en vit le temps, le rythme, les mouvements. Que l’on parle à Dieu, ou que l’on fasse silence devant lui, ou que l’on cherche en soi comment lui parler : on est toujours soi-même, jamais agressé, jamais aliéné. L’homme ne se perd pas dans la prière, il se re/trouve.

    Les images que les médias nous sortent de nous-mêmes, nous capturent, nous détournent de nos trajectoires profondes, elles nous divertissent. La prière se déploie sur un vecteur contraire, elle nous ramène à nous-mêmes, nous recentre ; elle nous convertit. La télévision est la voie de la facilité ; la prière celle de l’intériorité, et pour une part aussi, de la volonté, de la difficulté. Je ne veux nullement insinuer ici que la vérité est toujours du côté de la plus grande difficulté, ni que la télévision est le mal en soi. Mais je songe seulement à la désolation de ces soirées passées devant le poste TV à chercher s’il y a un mieux sur les autres chaînes. Il faut reconnaître que par sa facilité, même la télévision peut entretenir chez beaucoup l’illusion d’une vie pleine, anesthésiant à la longue cette vie — ou espérance de vie spirituelle qui est au fond de chacun.

    Jean-Marc Chappuis dit quelque part de la prédication chrétienne que “sa force est d’offrir à notre génération ce qu’en apparence elle ne demande pas et ce dont en réalité elle éprouve le plus grand besoin“. On pourrait en dire autant de la prière pour les chrétiens d’aujourd’hui : tout semble se conjuguer pour augmenter la difficulté et les en détourner, alors qu’elle est sans doute le lieu où l’essentiel de leur vie spirituelle se joue. 

    Carlo Robert-Grandpierre
    philosophe et professeur (Suisse)

    Post-scriptum

    In bulletin “Résurrection” de janvier 1995.
    Jean-Marc Chappuis a enseigné la théologie pratique à l’Université de Genève. Décédé en 1986, il a été pasteur puis il a dirigé pendant 18 ans le principal hebdomadaire francophone protestant de langue française, La Vie protestante. Homme de lettres et de communication, Jean-Marc Chappuis a constamment eu le souci de trouver de nouveaux langages pour évoquer l’Evangile dans le public.

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